La croix et la nature humaine

 La nécessité pour l'homme d'être affaibli, diminué, brisé, vidé, se justifie abondamment.

Pour traiter un tel sujet, il faudrait pouvoir l'embrasser vraiment dans toute son étendue, et le sonder dans toute sa profondeur ; et ni vous ni moi n'avons les ressources d'intelligence spirituelle et de pénétration pour espérer y parvenir jamais. Mais le Seigneur connaît toute l'ampleur du problème ; Il en a mesuré l'étendue, et rien ne Lui échappe dans notre nature humaine, pas plus l'infiniment petit que l'infiniment grand.

Or c'est Lui, Lui-même, qui est allé à la Croix pour entraîner dans Sa mort notre nature déchue.

La Croix de Jésus-Christ a une portée qui dépasse de beaucoup tout ce que nous en avons découvert jusqu'ici, et tout ce que nous pourrons jamais nous représenter. Les profondeurs de notre nature ont été vues à la Croix comme nous ne les avons jamais vues, et le problème qu'elles posent y a été tranché souverainement et pour toujours.

Toutes ces forces subtiles qui nous trompent au point de se faire passer pour bonnes, Dieu les a vues dans leur brutale réalité. Toutes ces choses qui dépassent ce que nous en pouvons connaître ou concevoir, Dieu les a clouées à la Croix et en a eu raison. De la racine jusqu'aux rameaux, du centre à la circonférence, tout a été mis à nu et a eu son compte réglé.

Mais cette oeuvre de fond doit, nous le savons, avoir une application pratique.

Des preuves que dans ce domaine la faiblesse est une nécessité divine ? Nous en avons une, entre beaucoup d'autres, dans la vie de Paul, — Paul, ce grand apôtre, cet instrument de choix, élu dès avant la fondation du monde. Malgré tout ce qu'il peut représenter, comme témoignage vivant de la grâce et de la souveraineté de Dieu ; bien qu'il ait vu le ciel ouvert au-dessus de sa tête ; bien qu'il ait entendu la voix du Fils de Dieu glorifié, même cet homme-là, il faut qu'il ait une écharde plantée dans sa chair, de peur qu'il ne s'élève outre mesure.

N'y a-t-il pas là un sûr indice de la pensée de Dieu, et de la façon dont Il se représente les ravages que peut causer le besoin inné d'être fort ? Certainement, car cette aspiration qui se cache toujours quelque part dans les replis secrets de l'ancienne création finirait par se montrer, en dépit de la consécration, en dépit d'un abandon complet entre les mains du Seigneur, en dépit de la volonté de mourir, s'il le faut, et de mourir encore, et de mourir toujours pour la cause du Seigneur.

Fut-il jamais homme plus entièrement, plus radicalement consacré à Dieu que l'apôtre Paul, qui ne craindra pas de faire la preuve qu'il est prêt à mourir pour le Seigneur ?

Et cependant, même dans un homme comme celui-là, Dieu a repéré un danger, le danger du vieil homme.

Ce fut une révélation pour Paul quand Dieu lui fit comprendre le pourquoi de cette écharde dans la chair. Le danger est si subtil, il rampe si secrètement, que l'âme la plus dépourvue de détours, la consécration la plus transparente n'est pas plus à l'abri que les autres. C'est quelque chose qui travaille dans l'ombre, là où nous ne voyons rien.

De là pour Dieu cette impérieuse nécessité de rendre la Croix continuellement réelle et expérimentale dans notre vie, pour avoir raison de cet élément-là, pour nous briser, pour nous vider, et nous faire parvenir à cet état de faiblesse et de dépendance consciente qui a un tel prix à Ses yeux.

La valeur de la faiblesse s'apprécie à l'ampleur des dommages que peut causer à l'œuvre de Dieu cette tendance innée de notre nature, ce trait si profond de notre caractère.

                                                                                  T. Austin Sparks

                                  

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